Le lac Tanganyika constitue la deuxième plus grande pêcherie en eau douce sur le continent africain, après le lac Victoria. Le lac est partagé entre quatre pays riverains (Burundi au nord, RD Congo à l’ouest, Tanzanie à l’est, Zambie au sud). Le potentiel de production annuelle de poissons était, dans les années 1990, de l’ordre de 200 000 tonnes. En 2011, la production totale annuelle de poisson du lac avait pourtant chuté entre 110 et 120 000 tonnes, selon les experts de la pêche.

A l’origine de cette chute, le nombre de pêcheurs avait augmenté de manière spectaculaire durant la décennie précédente, et ces nouveaux pêcheurs adoptaient des engins de pêche qui détruisent les stocks. En effet, la croissance démographique dans la région mettait chaque année sur le marché du travail des dizaines de milliers de jeunes adultes, alors que les opportunités d’emplois et de revenus en zone rurale étaient rares. Comme l’accès à la pêche était libre, ces jeunes réunissaient quelques moyens financiers, achetaient du matériel de pêche et se ruaient sur la ressource. En même temps ces nouveaux pêcheurs, sans culture de l’écologie des poissons, capturaient les poissons dès leur plus jeune âge, avant qu’ils aient pu reproduire et renouveler le stock. Ainsi, chaque année, la quantité de poissons dans le lac Tanganyika diminuait.

A partir de 2016, la situation a encore empiré. Les poissons adultes se faisant de plus en plus rares sur toute l’étendue du lac, les pêcheurs expérimentés se sont mis aussi à pêcher les juvéniles pour survivre économiquement. Ainsi, le poisson qui avant était pêché à 350 grammes, quand il devient adulte, était désormais pêché à 5 ou 50 grammes, avant même d’avoir reproduit. L’effondrement des stocks de poisson s’est accéléré. L’année 2017 a été catastrophique pour les pêcheurs, et ce fut même pire en 2018.

C’est dans ce cadre que les experts des pêches de l’Autorité du Lac Tanganyika (ALT) ont alerté les autorités et les bailleurs, sur l’urgence de trouver rapidement une solution à cette surpêche anarchique, avant que les stocks de poisson soient détruits. Il se posait ainsi le défi de la survie de la ressource au lac Tanganyika, mais aussi des populations qui en vivent.

Parmi les réponses possibles, l’Union Européenne, dans le cadre du programme ECOFISH de contribution de la pêche durable à l’Economie Bleue de la région de l’Afrique de l’Est, l’Afrique Australe et la région de l’océan Indien (EA-SA-OI), a octroyé le financement pour lancer le projet de gouvernance et gestion des pêches LATAFIMA « Lake Tanganyika Fisheries Management ». Ce projet est réalisé conjointement par l’Autorité du Lac Tanganyika et la FAO, pour mettre en en place une gestion durable de la pêche sur le lac tout entier.

Les objectifs du projet sont spécifiquement de :

  • Renforcer et harmoniser les politiques régionales afin mieux coordonner la gestion de la pêche à l’échelle de tout le lac ;
  • Coordonner la mise en place des structures et des effectifs de surveillance pour éliminer les pêches qui détruisent les ressources.

Pour réaliser ces objectifs, les actions concrètes suivantes sont mises en œuvre :

  • Déterminer à quelle taille les poissons les plus importants (les 3 espèces du large) deviennent adultes et mettre en place les lois et règlements qui interdisent de pêcher ces poissons lorsqu’ils sont plus petits que la taille adulte ;
  • Cartographier les zones de reproduction des poissons qu’il faut impérativement protéger ;
  • Evaluer ce qui motive les populations à s’engager dans la pêche avec des engins destructeurs et les solutions à proposer pour éliminer ce problème ;
  • Sensibiliser les populations, des pêcheurs jusqu’aux consommateurs, sur les dégâts irréversibles que cause la capture des poissons juvéniles ;
  • Trouver les sources d’approvisionnement en filets illégaux et neutraliser ces filières parallèles ;
  • Patrouiller le lac en permanence pour en chasser les pêcheurs qui refusent d’abandonner leurs pratiques néfastes.

Les activités du projet impliquent les scientifiques et les autorités des quatre états riverains, qui participent activement aux progrès de LATAFIMA. Des outils sont également mis en place pour assurer la durabilité des actions du projet sur un terme long, tels que :

  • L’analyse et l’amélioration de la collecte des données statistiques de la pêche, pour créer une base de données commune, former le personnel en charge de la collecte et du traitement des données, y compris ses aspects socio-économiques ;
  • Le recensement de tous les pêcheurs et acteurs de la filière poisson ;
  • L’évaluation des performances des groupes locaux qui supervisent la pêche : les Institutions de Co-Gestion de la pêche (ICG) ;
  • La création de réseaux régionaux pour coordonner les acteurs institutionnels ;

La création d’un groupe régional de surveillance pour renforcer les capacités des unités de patrouille sur le lac, en particulier en fournissant aux unités sur le terrain du matériel simple et approprié pour les campagnes de surveillance.


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